Le marché laitier : entre crise et opportunités
Le marché laitier traverse une période mouvementée. Après des années de conjoncture économique favorable pour les producteurs laitiers, les prix du lait sont sous pression. Tout comme l'ensemble du système alimentaire, le marché laitier est un système mondial, soumis aux aléas de la géopolitique. Les tensions internationales actuelles soulignent l'importance d'une production locale à grande échelle pour continuer à garantir la sécurité alimentaire. Le secteur laitier a déjà fait preuve à plusieurs reprises d'une grande résilience dans un passé récent et, même en cette période turbulente, il s'appuie sur des perspectives qui restent favorables malgré tout.
Le marché laitier sous pression
Entre autres, en raison d'une production laitière très élevée dans les grandes régions exportatrices (notamment aux États-Unis), une production étonnamment élevée dans le nord-ouest de l'Europe en raison d'un décalage du cycle de vêlage dû à l'épidémie de fièvre catarrhale ovine en 2024, et un euro fort qui complique les exportations, il existe actuellement un déséquilibre entre l'offre et la demande de produits laitiers sur le marché européen. Cela entraîne une baisse rapide des cours, notamment du beurre et de la crème. Compte tenu des marges extrêmement faibles avec lesquelles travaillent les transformateurs laitiers (1,03 % en 2023), une correction du prix du lait cru était inévitable. Celle-ci est désormais en cours. En octobre de cette année, le prix réel du lait est tombé pour la première fois sous la barre des 50 €/100 litres, et le fond n'est pas encore atteint.

Sécurité alimentaire ? La quantité compte
Au vu du déséquilibre actuel entre l'offre et la demande, cela peut sembler étrange, mais c'est précisément pour cette raison que le message est d'autant plus pertinent : la production en grande quantité est importante. L'ordre international se durcit. Avec la montée du capitalisme d'État dans des pays comme la Chine et la Russie, la géopolitique passe de relations fondées sur la valeur à des relations fondées sur les intérêts, les accords commerciaux devenant des instruments de pouvoir. Ainsi, la guerre en Ukraine, au cours de laquelle la Russie a utilisé le blé et les engrais comme moyen de pression géopolitique en bloquant les routes commerciales, a douloureusement mis en évidence la vulnérabilité du système alimentaire mondial.
Étant donné que l'Europe sera de plus en plus livrée à elle-même dans un monde fragmenté en blocs géopolitiques, il est essentiel que nous renforcions notre position en matière de connaissances et que nous utilisions la technologie et l'innovation pour compenser la perte quantitative (due notamment à la crise climatique). En effet, la sécurité alimentaire nécessite des connaissances, une capacité de production et une certaine échelle.
Bien sûr, outre l'échelle, il est également important, en tant que secteur résilient, de miser sur une gamme de produits différenciée. L'évolution de la production laitière entre 2005 et 2024 (exprimée en équivalents lait) montre que le secteur laitier belge s'est déjà engagé dans cette voie au cours des dernières décennies, avec notamment une baisse de 9 points de pourcentage pour le lait en poudre et une augmentation de 9 points de pourcentage pour les fromages :

Le producteur laitier a pu constituer une réserve
Il convient également de souligner le prix historiquement élevé du lait au cours de la période écoulée. Les dernières années ont donc été exceptionnellement favorables sur le plan économique pour l'élevage laitier, comme le montrent les baromètres laitiers flamand et wallon. La volatilité est inhérente aux systèmes alimentaires mondiaux, et la conjoncture économique favorable de ces dernières années a permis aux producteurs laitiers d'investir et de se constituer une réserve pour les périodes moins fastes.
Perspectives pour le prix du lait : positives
Les marchés agricoles réagissent toujours fortement aux petits excédents ou déficits. C'est également le cas aujourd'hui. Il est donc important de ne pas réagir de manière excessive, mais de tenir compte également des perspectives pour les années à venir. L'IFCN, expert en produits laitiers, prévoit une augmentation mondiale de 15 % de la consommation de produits laitiers. La demande augmentera notamment dans les régions qui ne sont pas autosuffisantes. En outre, la production laitière dans nos régions atteint ses limites, notamment en raison de restrictions environnementales telles que le décret sur l'azote. Cette combinaison de facteurs garantit donc que les perspectives pour le prix du lait restent positives.